Jamais aucun quartier de New York n’avait regroupé suffisamment de Français pour mériter le surnom de “little France”. Cette insupportable injustice est en passe d’être réparée: de plus en plus, ce coin de Brooklyn apparait dans les médias américains comme “Little France” ou “Little Paris”.

Rassurez-vous: si l’idée de vous retrouver entre Français à New York ne vous séduit pas, on est encore loin de la colonie française, sauf le dimanche qui suit le 14 juillet, “Bastille Day” comme ont dit ici. Ce jour là, Smith Street se transforme en terrain de pétanque géant et les boissons anisées coulent à flot.
Le reste de l’année, l’empreinte gauloise reste légère, mais il est vrai que les trois petits quartiers contigus de Boerum Hill, Cobble Hill et Carroll Gardens (souvent rassemblés sous l’acronyme BoCoCa) affichent une douceur de vivre européenne qui en explique largement le succès récent.
Plus qu’une “French town”, c’est un Brooklyn de rêve pour “bobos” que viennent chercher les nouveaux venus du quartier. Un excellent compromis entre la proximité de Manhattan (20 à 30 mns de métro), l’animation des très nombreux bars et restaurants locaux, et le calme des rues résidentielles à deux pas. Carroll Gardens tient son nom des petits jardins qui s’étirent devant les maisons dans certaines rues. Lors du développement de Brooklyn, vers 1850, une règle d’urbanisme a imposé des jardins d’au moins 33 pieds (un dizaine de mètres) devant les maisons dans un certain nombre de rues. Depuis, les President Streets et autre First Places recèlent de magnifiques “front yards”, généralement entretenus par des propriétaires jardiniers passionnés. Aux alentours d’Halloween puis des fêtes de fin d’année, beaucoup s’illuminent de splendides décorations.

Les jardins sont là depuis toujours, mais jusqu’à il y a une quinzaine d’années, la réputation de ce quartier italo-américaine était… mitigée. Tout cela a beaucoup changé. La douceur de vivre est réelle; les jardins publics et autres parcs attirent les familles en nombre, tout comme la proximité des piers du Brooklyn Bridge Park, récemment réhabilités et qui offrent un terrain de jeux infini pour les familles, avec une vue sur la skyline dont on ne se lasse jamais.

Mais plus que tout, au coeur de la “gentrification”, il y a les écoles publiques locales, et notamment PS 58, l’école primaire de Carroll Gardens, qui offre un programme bilingue français-anglais réputé. Le zonage étant très stricte à New York au niveau du primaire, il faut être dans la -toute petite- zone de PS 58 pour pouvoir y inscrire ses enfants.
Une autre école qui attire les expatriés est l’International School of Brooklyn, école privée trilingue (anglais, français et espagnol).

La pression sur les “townhouses” des charmantes “First place” ou President Street est donc considérable et elles continuent de s’arracher à des prix dépassant souvent les 3 millions de dollars. La demande est très forte et les règles strictes d’urbanisme interdisent la construction des tours qui ont surgi non loin, à downtown Brooklyn. Résultat, l’inventaire disponible reste très faible et les prix continuent de se tenir très bien.